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Pathétique ! Bouleversante ! Attendue et inattendue à la fois, cette sortie, ce jeudi 23 février 2017, de Serge Gakpé pour annoncer sa retraite internationale à la face du monde. Attaquant indésirable, puis désiré à la fin par Claude Le Roy pour servir de…défenseur. Tout simplement renversant. Mais, en bon patriote, il avait accepté de faire le sacrifice. Et c’est parce que, nous, à Bitam, en terre gabonaise, on avait senti que l’homme souffrait dans sa tête, on s’était approché de lui au lendemain de son match courageux livré contre la Côte d’Ivoire (0-0) lors de la première journée de la CAN pour le compte du groupe C. A notre première question de savoir comment il a pu réussir à un poste inhabituel, sa réponse est, « Je dirai plutôt qu’on a tous réussi. C’est un match collectif. C’est vrai, je n’ai pas joué à mon poste, mais grâce à mes partenaires, j’ai bien tenu ». Modeste comme réponse. Et qui lui ressemble si bien d’ailleurs...


Tout le temps qu’a duré notre conversation, jamais une plainte, jamais un mot déplacé, aucune amertume donc dans l’attitude de Serge Gakpé. Mais dans son visage, dans sa voix, on lisait comme une sorte de mélancolie refoulée. Il s’efforçait de rester digne, mais nous, on avait l’impression d’être en face d’un étranger largué dans un monde qu’il connaissait à peine. C’était comme si le fait de se retrouver là, l’indisposait. Au Gabon, il représentait, et c’était évident, le premier esclave des idées et des choix tactiques que défendait son sélectionneur : jouer à un poste qui n’avait aucun lien avec le sien, lui faisait mal. Il était visiblement très peiné par ce qu’on lui faisait endurer. Sur le terrain, mais peut-être aussi en dehors, ou dans les couloirs, qui sait ? Jamais pourtant, il n’avait bronché ni donné un signe de mécontentement. Pris dans l’étau de ce nouveau système et de cette farce organisée, il ne pouvait plus faire un pas en arrière. Il lui fallait continuer le jeu, et donner l’impression que tout était beau là-bas. Comme le font si bien les autres… Serge Gakpé apprenait ainsi à vivre dans un monde tout simplement falsifié.


Tout était faux, en vérité, dans la belle ambiance que Claude Le Roy et sa troupe affichaient devant la presse, devant le peuple togolais, devant le monde… Ce n’était pas le paradis, ce nid d’Eperviers où il était interdit de se plaindre. Il suffit de lire aujourd’hui entre les lignes du communiqué rendu publique par le joueur pour cerner les contours de cette affaire qui a finalement fendu le cœur de la majorité des Togolais. L’attachant garçon y est allé pourtant de son éducation d’enfant respectueux et des belles vertus sur lesquelles se repose naturellement la décence. Et en le lisant, on risque de confondre ses larmes et l’encre avec laquelle il a rédigé sa note. Il a beau la cacher, sa douleur reste tangible. Elle est si grande qu’il n’a pas semblé associer son cœur dans la rédaction du communiqué annonçant sa retraite internationale. Sûrement qu’avec son cœur, il n’arriverait jamais. Tellement, il est attaché à cette équipe. « Seules des blessures peuvent m’éloigner des Eperviers », disait-il. Raison pour laquelle lorsqu’il commence par cette phrase « C’est avec beaucoup d’émotions que j’écris ces quelques lignes pour faire part de ma décision de mettre un terme à ma carrière internationale », Serge indispose même les âmes les plus flegmatiques. Par cette introduction, il suscite encore plus d’émotions. Et sans aller dans les détails, il  envoie comme un message fort et significatif aux autorités politiques et sportives du pays : il se passe des choses incroyables au sein de ce groupe de Claude Le Roy. Des choses que le néo sociétaire de Chievo Verone a sans doute apprises il n’y a pas longtemps. Et quand il estime que, « avoir eu la chance d’être un Epervier, lui a beaucoup appris en tant qu’homme et en tant que joueur », la déduction est vite faite : Serge Gakpé ne peut encore longtemps résister dans cet océan d’hypocrisie et de douce terreur.


Il est alors clair que, pour n’avoir pas été dans la toute première liste du sélectionneur, et donc, le dernier appelé pour la CAN, il s’était senti vulnérable, et donc exposé à toutes les enchères. Il avait sûrement fait des concessions à certains niveaux, mais de là, à être mis au poste de défenseur droit, c’était pour lui le comble. Une sorte de méchanceté qui lui interdisait automatiquement de faire valoir son énorme potentialité technique, son sens de dribble au cours de cette CAN. Aujourd’hui, il s’en va, après avoir appris beaucoup de choses en tant qu’homme mais surtout, en tant que joueur... En lisant son court communiqué, une chose forcément, même si elle ne saute pas aux yeux, frappe les cœurs. Nul doute que Serge Gakpé a vécu des choses terribles qu’il préfère taire. Il s’en va, digne et sans rancune, gardant pour sa seule mémoire les vraies raisons de sa rupture avec la sélection de Claude Le Roy. Cette retraite, loin d’être un abandon à la fatalité, doit faire profondément réfléchir toutes les composantes et tous ceux qui interviennent dans la vie de l’équipe nationale du Togo. D’autant que, nombreux sont ces esprits qui soupçonnaient depuis un bon moment l’existence d’un marché dans ce nid d’Eperviers. Aussi, nous prenons sur nous ici de défier toute personne qui nous empêcherait d’écrire noir sur blanc que, en emmenant certains joueurs au Gabon, Claude Le Roy savait bien qu’ils ne seraient d’aucune utilité pour la sélection togolaise. Serge Gakpé a sans doute découvert lui aussi qu’au sein de cette sélection, il existe deux catégories de joueurs : ceux qui souffrent sur le terrain, et ceux qui ne font rien, mais qui sont toujours présents à l’heure de percevoir les primes. Si seulement les membres de la FTF pouvaient ouvrir encore plus les yeux, ils auraient la même vision que nous : Serge Gakpé, cet enfant du pays, quoique souvent éprouvé par des blessures, nous reviendra un jour. Qui sait, peut-être quand certains joueurs ne seraient plus en sélection ou quand le « sorcier blanc » ne serait plus aux affaires. Il aurait alors 31 ans, l’âge où les attaquants deviennent murs et plus intelligent. C’est fort de ce présage que nous disons à Serge Gakpé « Au revoir l’artiste, et à nous revoir bientôt ! ».

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