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Togo: Chronique/ Yves de Fréau: Mon pays va mal…

A l’occasion de la célébration du 57e anniversaire du Togo, la Conférence des Evêques du Togo a sorti un message assez poignant. Celui-ci était adressé au haut pinacle de l’Etat togolais. C'est-à-dire aux très hauts dirigeants politiques de notre pays, le Togo. De ce lourd message, nous avons relevé une infime partie qui dit que…


« La lassitude, la désespérante lassitude s’est de nouveau installée, comme une « bombe à retardement », prête à exploser à la première occasion. Osons le reconnaitre : derrière les apparences de quiétude et de tranquillité qu’il affiche, le Togo, notre cher pays, va mal ; ses fils et filles sont de plus en plus désabusés ; ils ne savent plus quel chemin emprunter pour sortir de l’ornière et parvenir à la paix ; leur avenir semble bouché ».


On dirait un message dévalé tout droit du ciel, apporté par un coursier de Dieu. Tellement, il est débordant d’émotions. Et de très fortes sincérités qu’aucun Togolais, du plus vieux au dernier né, ne peut contester.


Notre pays va mal. Ce n’est pas de moi. Mais, des Evêques, qui, pour une NOUVELLE fois, rompent le silence. J’ai donc lu et relu leur message. J’ai relu et relu encore, puis une peur s’est emparée de moi.  Je ne sais quel côté prendre de cette affaire. Le côté sportif, le social, le culturel ou le politique ? J’englobe le tout, je fais l’addition, le résultat donne le même chiffre, pardon, la même phrase : le Togo va mal.


Alors je me lance dans un jeu de décompte. Première chose ôtée, le social. Je me débarrasse ensuite du culturel. Il ne me reste que, le sportif et le politique. Je fais l’addition des deux, le résultat reste le même : le Togo va mal.


Je me sens du coup enchainé. Et donc, plus tourmenté que jamais. Une voix de loin, me souffle de choisir le côté sportif. Une autre me crie, « parle-nous de la politique ! C’est la matière en cette période de forte turbulence ». Résolument, je fais mon choix, et sans aucune crainte je choisis plutôt de parler de ces gamins que Serge Bénissan a réunis durant quelques semaines au stade municipal de Lomé pour leur offrir du jeu et du plaisir…


Préalablement, et d’une manière instinctive, mes pensées se sont dirigées vers un certain Venance Combey. Il était l’un de ces gaillards qu’une fois l’année, « Sergio Sport » regroupe dans une arène pour leur rappeler ce qu’ils étaient réellement, et ce qu’ils devaient être de mieux si les choses se faisaient ici aussi normalement qu’ailleurs…


Ancien joueur de l’Etoile Filante de Lomé, puis d’Agaza FC de Lomé, Venance Combey faisait partie de cette génération de joueurs comme le sol togolais n’en fabrique plus... Touche de balle impeccable, dribbles assurés et puis des passes, des frappes, des corners et des coups francs aussi dévastateurs les uns que les autres. Au pays des Gnassingbé, on avait même oublié que, ce gaucher avait merveilleusement servi à une certaine époque, la sélection nationale. L’époque d’un certain Gottlieb Göller où il n’y avait pas de compromis dans le choix des meilleurs… L’homme au dossard N°11 s’en est allé samedi dernier. Il rejoint ainsi tout calmement la grosse corbeille des victimes de notre sacro-sainte société. Lui qui brillait encore de mille feux en juin dernier à Kpalimé lors du Tournoi des Retrouvailles !


Depuis toujours on le sait, Serge Bénissan essaie comme il peut, de réchauffer dans la tête des gaillards, cette passion de football si forte, qu’à chaque appel de son Tournoi des Retrouvailles, tous répondent. Et c’était toujours bien de revoir Venance Combey resté tel qu’il était… C’est toujours aussi émouvant de retrouver des anciens comme Essowavana Madjédjé, tenter à plus de 60 ans, des dribbles et des raids solitaires. Le pauvre… Lui, il s’accroche à la vie. De même, Il continue d’aimer ce cuir rond qui a été pourtant si ingrat, si méchant avec lui !


Et que dire de tous les autres ? Rien que de voir tous ces gaillards lors de ces « Retrouvailles », amortir une balle, suscite la même admiration. Chaque geste, chaque course, chaque appel de balle de ces citoyens de 45, 50 ou même 60 ans, lors des matches des gaillards estampillés « Sergio Sport », vous font verser des larmes. Qu’a-t-on fait d’eux ? Et que fait-on de la jeunesse d’aujourd’hui ? Monseigneur Barrigah Bénissan, depuis un bon moment,  demande juste à chaque Togolais, de « faire sa part » ; l’autre …Bénissan prénommé Serge, faisait depuis longtemps déjà sa part avec les gaillards. Et c’est tant mieux… C’est tant mieux s’il a désormais pensé aussi aux  mômes.


Ah oui !, après les gaillards, c’est aux petits leur tour !. Et un tour au stade municipal de Lomé ces derniers jours pour voir se produire l’innocence, vous émeut forcément profondément. Mais la question qui vient tout de suite est, comment se dessine l’avenir de tous ces gosses ? Surtout ceux de Wara, Sporting Club, AAFA, Planète Foot, Etécon et Coq sportif, qui étaient dimanche au rendez-vous des finales ? Qu’importent les scores respectifs chez les U13, U15 ou U17, le public présent en a eu pour son déplacement. Il a pu se régaler des prouesses insoupçonnables réalisées par ces gamins. Rien qu’à lire ce témoignage d’un confrère sur une plateforme « ça joue intelligemment, pas de dégagements hasardeux… Il est temps que, nos autorités pensent à ces petits si on veut faire une véritable révolution en Afrique dans les prochains 5 ou 10 ans », donne une idée du spectacle fourni. Et de la richesse que pourraient constituer demain ces gamins si on commence seulement à prendre soin d’eux…


Les Evêques, sérieusement, dans leur message du mois d’Avril dernier, parlent de demain, ou peut-être de lendemain. Ils parlent d’  « avenir bouché ». Ils évoquent l’histoire de ces millions de Togolais désabusés, trichés, « qui ne savent plus quel chemin emprunter pour sortir de l’ornière…. ». Parmi eux se trouvent naturellement ces anciens joueurs vivants. Parmi eux se trouvent également ces centaines de gamins de 13, 14, 15, 16 et 17 ans, réunis trois semaines durant au stade municipal de Lomé par Serge Bénissan pour taper dans le ballon, nourrir leur passion, alimenter une partie de leurs vacances, bref, vivre en ce présent leur rêve de jouer dans un grand stade. Avant que, demain, le ciel ne leur tombe sur la tête, comme ce fut le cas de leurs parents, vieux parents qui, après avoir servi la Nation, tombent un à un comme de petites mouches d’église…

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