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Maitre Démissodé, à l’Ecole Primaire Publique Momé Hounkpati, m’avait amplement fait piger que, l’histoire c’est le récit de la vie des Hommes. J’étais au CE1 (Cours préparatoire première année), j’avais 7 ans, et pour moi, cette matière ne s’intéressait qu’aux vivants. Puisqu’elle était enseignée comme étant le récit de la vie des Hommes. L’homme, la femme  étant tout simplement Homme, c'est-à-dire humains, et donc, des êtres vivants se distinguant de tous les autres par la raison.


En plus, il y avait une chose qui me confortait dans ma compréhension erronée du mot histoire : c’était la double célébration de la fête du 13 janvier dont le héros se trouvait être Etienne Eyadéma vivant, et celle du 24 janvier qui honorait un certain timonier national du nom de…Gnassingbé Eyadéma bien vivant lui aussi. Même personnage, deux histoires, deux célébrations en l’espace de 11 jours, et deux identités : Etienne Eyadéma au début, et Gnassingbé Eyadéma par après... Additionnez tout ceci, et vous avez l’histoire d’un soldat qui passa du grade de Sergent,  à celui de Général en un temps record. La belle histoire. L’histoire telle que le font les dieux helléniques et que ressuscitait le libérateur, et en même temps rescapé de l’accident aérien de Sarakawa. La légende parlerait de  demi-dieu vivant… Sacré Eyadéma ! Les fêtes, il en pleuvait en son honneur. Celle de la Victoire célébrée les 24 avril était aussi son invention. Une histoire de maladresse d’un soldat nommé Bokobosso, qui n’avait pu l’atteindre avec son arme quoiqu’ayant appuyé sur la gâchette à bout portant. La légende disait que le tireur était à quelques mètres de sa cible Etienne…


Ainsi, pour moi, l’histoire c’est juste le récit de la vie des vivants. Peu après, et une fois revenu à Lomé pour poursuivre mes études primaires à l’Ecole Böhn, la dame Gonçalvès Ahlonko, notre maitresse de CM2 (Cours moyen première année) nous parla de Maman Ndanida, comme étant la mère du Chef de l’Etat, et dont l’anniversaire du décès se fêtait grandement aussi. Notre maitresse nous parla également un jour des martyrs de Pya Hodo. Autres disparus dont la mémoire bénéficiait aussi d’hommages populaires pour, disait-on, « leurs dévouements envers la patrie et leurs sacrifices suprêmes ». C’était donc ça l’histoire ! Une frange de l’histoire du Togo telle qu’on nous l’enseignait.


J’ai dû en ce temps, me faire à l’idée que, l’histoire de certains hommes ne s’oublie pas à leur mort. Sûrement des privilégiés. A cette époque, tout ce que je savais de la date du 27 avril 1960, est qu’elle représente le jour de la proclamation de l’Indépendance du Togo. Rien que ça. Sans plus ! Puisque, personne, même nos enseignants n’osaient nous parler de celui qui avait fait cette proclamation. Juste que, ça murmurait Sylvanus Olympio par une petite poignée de téméraires. Et ça aussi, parait-il, c’était l’histoire. Celle enterrée du père de l’Indépendance et bien différente de celle vivante du père de la Nation. Je n’en comprenais pas grande chose jusqu’au jour où ayant atteint une certaine maturité, je pigeai que, l’histoire telle qu’universellement définie, c’est le récit des événements relatifs aux hommes, aux peuples en particulier, à l’humanité en général… Personne, vu la nature de l’histoire, ne peut avoir d’emprise sur elle. Même le temps ne peut rien y changer.


Oui, même le temps. Sinon, je n’en serais pas là à m’apprêter à vous rappeler que, ce dimanche 2 juillet est le 45e anniversaire de la mort, à 25 ans, du plus grand footballeur togolais de tous les temps. Son nom, Apéti Edmond. Il avait été surnommé Docteur Kaolo : Docteur pour la puissance qu’il dégageait, et Kaolo pour sa grâce, ses dribbles et sa technique hors du commun. Il avait de la classe et était tellement beau à voir, balle au pied, qu’on le comparait au bic Kaolo, stylo très fin qui ne faisait pas d’encre, qui épousait facilement les papiers, même sans ligne... Il était tout simplement un artiste. Comme on n’en fait plus ici au Togo.


 Kaolo, c’était ce magicien de 21 ans, au dossard N° 10 qui avait fait disputer à l’Etoile Filante ses deux finales (aller et retour) de la Coupe d’Afrique des clubs champions (actuelle Ligue des champions) en février 1968. C’était lui, ce doué et taciturne jeune homme de 25 ans qui avait, à Yaoundé en 1972, donné au Togo et à sa sélection nationale, les joies, les premiers frissons et les fortes émotions d’une Coupe d’Afrique des Nations. Ce docteur du ballon rond demeure aujourd’hui encore, le meilleur buteur togolais d’une phase finale de CAN, avec 4 réalisations. Tout ceci reste évidemment dans l’histoire. Une histoire oubliée par nos gouvernants, autorités politiques et sportives, comprises. Une histoire que l’Association des supporters de l’Etoile Filante, à travers son Assemblée élective ce samedi, promet de réchauffer ; une messe en mémoire des défunts supporters, joueurs, entraineurs et  dirigeants du ‘’Shooting Star’’ étant prévue dans ce cadre. Et qui pourrait offrir une belle occasion pour ceux qui portent encore ce club dans leur cœur, de prier pour une nouvelle renaissance de l’Etoile Filante d’une part. Et de l’autre, pour que l’Etat togolais, comme il l’avait fait à un moment pour maman Ndanida, décide de célébrer, aussi bien cet illustre défunt footballeur, que cette date de 2 juillet.


Yves de Fréau

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