C’est fini. Désormais, on dira, « Il était Jean-Pierre Jean Jo ». Lundi dernier encore, on l’écoutait avec sa voix calme, aimable et bien tendre, animer son émission sportive fétiche « Fous de Foot » qui passe de lundi à vendredi de 13h 30 à 15h sur son amour de radio « Victoire FM ». Et pour une des rares fois, il n’avait pas terminé avec son terme consacré, sa phrase célèbre, sa chute magique et légendaire, « Si vous avez aimé, allez le dire aux autres ; et si vous n’avez pas aimé, revenez nous le dire ». Comme s’il savait !
Comme si le « Father », le « Bardjo du tableau noir » savait que 48 heures plus tard, rien ne le lierait plus à ses auditeurs ni au monde des médias togolais. Un monde si faux, si hypocrite, et parfois d’une extrême gloutonnerie et d’une folle arrogance. C’est heureusement ce que notre frère, ami, confrère disparu n’était pas. Pour avoir partagé un certain nombre de fois des chambres d’hôtel avec lui hors de Lomé, dans le cadre de notre métier, j’ai appris à le connaitre. A l’aimer. Et à l’admirer. Sérieux et bon blagueur à volonté sur n’importe quel sujet, il m’avait toujours donné l’impression de dissimuler un mal qui le rongeait à l’intérieur. Jean-Pierre Jean Jo, jusqu’à sa mort, n’a visiblement pas pu digérer la perte de son frère jumeau Jean-Paul, disparu…dramatiquement, il y a quelques années seulement. Son sens de l’humour était alors ébréché, et même s’il essayait de ne plus évoquer ce sujet si asphyxiant pour lui, il en souffrait intérieurement. D’ailleurs, il cachait mal sa douleur parce que dès fois, il lui arrivait de causer avec vous sans vous écouter réellement… Son regard devenait alors livide, vide… Soudainement, vous le verriez se lever et vous dire « bonne nuit et à demain ». Allez savoir s’il vous quittait réellement pour aller se coucher !
A présent c’est sûr et certain : l’homme de « Fous de Foot » s’en est allé définitivement. Et loin de nous. Loin de moi. Son doyen, disait-il. Son chef. Son grand frère. Son boss. Quatre mots à la même respectueuse connotation qu’il utilisait à chaque message qu’il m’envoyait pour m’inviter à son émission. La dernière, ce fut « Salut boss, tu es notre invité demain. Sujets, démarrage de D1, licences des joueurs, enjeux, préparation des clubs et leurs problèmes de financement pour la saison ». C’était le soir du 25 septembre dernier, et je lui avais répondu ok. Le lendemain dans la matinée, et vu le programme chargé que j’avais en face de moi, je lui avais réécrit de la sorte : « Bonjour frérot. Mon programme du jour a subi un changement qui m’empêche d’être avec toi cet après-midi. Très désolé ». Sa réponse fut « Ok, aucun souci grand ». Encore cet épithète « grand » qu’il était allé chercher quelque part, et qui me permet de témoigner sur ce papier, de sa façon singulière de respecter ses proches, ses collègues, ses confrères, ses frères…. Il était comme ça Jean-Pierre Jean Jo. Jamais amère. Toujours positif, le sourire toujours catholiquement affiché.
Tout récemment à Kpalimé en pleine nuit de dimanche de Pentecôte 2018, et à la fin du Tournoi des Retrouvailles annuellement organisé par Serge Bénissan et sa structure, le confrère Frank Orokoti, lui et moi, nous étions retrouvés dans un restaurant pour prendre du fufu. Devant sa bouteille de Pom-Pom (je ne l’avais jamais vu prendre de la bière), on était partis du sujet sportif au sujet social, puis on avait enchainé avec la situation globale de notre pays. Jean-Pierre Jean Jo tout en nous faisant la démonstration de sa grande maitrise de tous les sujets qui concernent le Togo en général, et particulièrement notre environnement médiatique, avait clairement ruminé comme une sorte de regret : celui d’assister aux incompréhensions et aux déchirures au sein de la presse sportive nationale et aussi à la dégringolade des disciplines sportives de son pays. Notre Togo.
Il avait un sens de jugeote et de discernement assez élargi qu’en l’écoutant, vous avez l’impression d’assister à l’exposé d’un sage venu d’ailleurs. Il n’y a pas un seul sujet politique ici ou ailleurs qui lui échappait. Personnellement, j’aimais plus l’écouter que de lui parler, tellement, il avait des choses sensées et intéressantes à dire. Prendre part à ses émissions, était toujours pour moi une aventure fascinante. Et je l’admirais pour sa façon de laisser s’exprimer ses interlocuteurs et ses invités. Ce qui tout en m’agaçant, l’amusait plutôt lui. Tant pis si ceux-ci veulent parler de manière discontinue. Si je dois chercher à lui ressembler, je prendrai d’emblée ce coté du « Bardjo du tableau noir ». Je prendrai également les célèbres mots de clôture de « son » Fous de Foot : si vous avez aimé, allez le dire aux autres ; et si vous n’avez pas aimé, revenez nous le dire. Eh bien, Jean-Pierre Jean Jo, à présent que tu es parti je peux te le dire : je n’ai pas aimé ton voyage précipité dans la cité de l’Eternel ! Et puis, dis-moi que c’est vrai que tu ne pourras plus jamais m’inviter à tes émissions ?
