La Chronique de Yves de Fréau/ De petits exemples qui font de grandes différences

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D’ abord, un grand hommage à Ahmed Husein, un petit frère, un confrère ghanéen de 34 ans, tombé sous les armes des terroristes mercredi 16 janvier dernier. Il lui était reproché d’avoir, par son métier noble de journaliste, contribué à démasquer quelques corrompus du football dans son pays et sur le continent…

Ahmed Husein faisait partie des reporters qui ont fait éclater en juin dernier le scandale lié aux matches truqués ayant suscité de lourdes sanctions ; lesquelles ont touché de hautes personnalités sportives ghanéennes, des arbitres hommes et dames du Ghana et de nombreux autres pays africains.

Parce qu’il est journaliste d’investigation, il est assassiné pour avoir voulu bien faire son travail. Dommage ! C’est le moins qu’on puisse dire ou écrire. Dommage, bien sûr, pour ses bourreaux ! D’autant plus que, comme le chantait le célèbre artiste algérien Enrico Macias, quand fut arraché la vie du berger, « Tous ceux qui, devant son corps font la fête, oublient que la mort n’est pas une défaite ». D’autres « Ahmed Husein » existeront toujours quelque part. A défaut, d’autres naitront. On ne tue pas celui qui lutte pour la justice. On n’abat pas celui qui combat la corruption et le mal…

C’est comme si dénoncer sur ces lignes la misère dans laquelle croupit le sport de chez nous au Togo, suffit pour qu’on nous fasse passer de l’autre côté du rideau. Informer le monde sportif national et international de la corruption qui bat son plein dans nos championnats de football de première et deuxième divisions, et des titres de champion qui se paient en billets CFA, ferait-il de nous des hommes à abattre ? N’est-ce pas comme si affirmer que l’organisation du sport au Bénin depuis l’avènement de M. Patrice Talon à la tête de ce pays, est de loin meilleure à celle du sport au Togo, serait une faute de lèse-majesté ? L’idée est qu’au passage du président de la FIFA dans ces deux pays, la semaine dernière, la différence s’était fait voir. Dire que c’est depuis Paris, qu’un certain Angélo Hillah, vieux confrère de Radio Sport FM, me le fit piger ! Il me demanda de répondre à la question, « Quelle est la différence entre les visites de Gianni Infantino au Bénin et au Togo ? ».

Question simple mais, face à laquelle je mettais tellement de temps à répondre que le frère Angélo a dû lui-même venir à ma rescousse avec cette longue phrase : « La différence est qu’au Bénin, on a soumis au président de la FIFA le projet de développement du football de là, tandis qu’au Togo, il lui a été présenté des doléances ».

C’était le cas, en vérité, et M. Gianni Ifantino qui, lors de son transit à Lomé a affirmé que « Ce n’est pas normal qu’un pays comme le Togo, n’ait pas des stades…au moins un, voire deux… », c’est le même qui, au sortir de l’audience avec M. Patrice Talon et tout exaltant, a déclaré ceci : « Nous avons pu constater, au cours de cet entretien, que le chef de l’Etat béninois est un véritable passionné de football comme tout le peuple béninois d’ailleurs. Mais le président en parle avec une énergie tout particulière, je dirais même unique, certainement exemplaire ». On peut donc comprendre pourquoi au Bénin, les ligues 1, 2 et 3 ont un Sponsor officiel, et que le Togo fait partie des rares pays, ou peut-être même le seul au monde où les championnats n’ont pas de sponsor. Quand on parlait de différence entre dirigeants !

La question qui reste à poser est, « Comment notre pays s’est-il arrangé au point d’aller prendre en 2019, des exemples sur le Bénin ? ». La liste est bien longue, mais s’il y a certains exemples à prendre très vite, il y a lieu au Togo de faire en sorte que les matches de première division au moins, ne se jouent plus sur des aires sablonneuses et jonchées de cailloux. Au Bénin, et pour soulager les clubs, le premier, oui, le tout premier geste du sponsor officiel Vitalor (spécialisé dans la production et la commercialisation d’huile végétale à base de coton) est de l’ordre de 175 millions de francs CFA mis dans le panier ; tandis qu’au Togo, et pour les 14 clubs d’élite et les 20 de deuxième division, une somme totale de 120 millions est distribuée jusque-là. En tout et pour tout ! Une autre grande différence, celle-là, étant donné que là-bas au pays de Talon, la subvention de la fédération ne compte même pas encore. Et puis, il y a qu’au Bénin à N’Dali, une ville située au nord, un Centre d’Excellence du football va bientôt ouvrir ses portes. L’idée est de permettre aux jeunes talents du football de ce pays, de renforcer leurs compétences. Si on commençait chez nous par suivre juste ces petits exemples qui font de grandes différences entre le Bénin et notre cher Togo ?