La Chronique de Yves de Fréau:Du foot sur une terre de misère
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La Chronique de Yves de Fréau: Du foot sur une terre de misère

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Il y a deux ans, plus précisément, le 19 octobre 2016, que le Togo a perdu l’un de ses plus grands anciens joueurs. Deux ans seulement, pourtant, mais l’anniversaire de sa mort est passé inaperçu. L’un des plus grands ailiers droits togolais, da Silveira Adjé, est déjà bien oublié. En plus de l’avoir laissé mourir dans la misère, on s’arrange pour faire la même misère à sa mémoire.

Ancien joueur des Aiglons FC de Lomé et de la sélection togolaise, il est bien enterré à présent dans toutes les mémoires. Celui qu’on avait surnommé Platini, n’existe désormais plus nulle part. Sa misère continue dans l’au-delà. Puisque, comme tant d’autres avant lui, le pays qu’il s’était tué à servir, après avoir oublié de le remercier de son vivant pour services rendus, l’enterre encore plus. Et à jamais. Deux ans seulement qu’il nous a quittés pourtant ! Sacré et incorrigible Togo.

L’autre s’appelle Agbala Arégba. Ancien joueur d’Agaza Omnisports, et ironie du sort, successeur de da Silveira Adjé en sélection, au poste d’ailier droit à la fin des années 1990. Un autre phénomène au dossard n° 7. Lui, il vit encore. Et comme tant d’autres avant lui, il est oublié par le pays qu’il s’était tué à servir quand il était jeune. Il y a quelques jours, un homme de grand cœur a partagé sur sa page Facebook, une photo de l’ancien Scorpion Noir et ancien international togolais, tout en prenant soin de l’accompagner de ces mots : « Sauvons un frère, un ami ».

Souffrez que cette image triste d’Agbala Arégba, assis sur une chaise de fortune, le regard désespéré et vide, n’a bénéficié d’aucun commentaire, d’aucune réaction, d’aucun retour prometteur…

Pourtant, cet Agbala Arégba, c’est ce joueur qu’on avait empêché d’aller monnayer son talent ailleurs, parce que dans « leurs » petites têtes, quitter son pays, c’est faire preuve d’ingratitude ou d’acte de mercenaire. Dans la mémoire collective des Togolais, il reste pourtant ce garçon à la petite taille qui allait vite, qui longeait la ligne droite, souffrait, dribblait, centrait et qui marquait aussi pour Agaza Omnisports et pour le Onze National du Togo. Lui, je le répète, il vit encore. Et cette chronique vient sonner comme une alerte pour qu’il lui soit offert un peu plus d’égard, un peu plus de santé, un peu plus de gratitude et moins de misère avant qu’il ne quitte à jamais cette terre togolaise. Une terre finalement répugnante pour les sportifs.

Une terre où on vole l’argent du foot sans risque d’être au moins interpelé une seule fois. Une terre si constipante pour les jeunes footballeurs qu’ils préfèrent une autre terre : celle d’Ethiopie par exemple. C’est pour mieux vivre que le valeureux défenseur de l’AS Togo Port, Issifou Bourahana a fait le choix du club d’Adis-Abeba, Saint Georges. Un joueur de qualité, ce garçon, qui s’est enfui de chez lui, parce qu’étant à la recherche du mieux-être. Ça, on le savait : jouer le championnat togolais durant cinq ou dix ans, n’assure aucun avenir. Ils sont si pauvres, si délaissés et si mal organisés, les clubs togolais. Et les joueurs conscients de leurs talents doivent y penser. Le miel, ce ne sera pas pour demain, d’autant plus que pour démarrer les championnats de cette saison, il a fallu que la FTF fasse la …cour assortie d’avance aux clubs. Exemple, un million de francs CFA pour les clubs de deuxième division, une somme finie avant le premier match. Quelle misère !

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