PND du Togo: Kako Nubukpo a de sérieux doutes.

Le chef de L’État togolais,Faure Gnassingbé a lancé ce lundi 04 mars 2019, le Plan National de Développement (PND 2018-2022) du Togo en présence d’éminentes personnalités dont L’ancien chef du gouvernement Britannique Tony Blair et des anciens premiers ministres togolais et béninois, Gilbert Fossoun Houngbo (actuel Directeur du FIDA) et Lionel Zinsou.

En résumé, à travers le PND, les autorités togolaises entendent faire du Togo un hub logistique et un pôle de transformation agricole, manufacturier et d’industries extractives à travers des projets qui profitent directement à la population.

Si le projet se déroule comme souhaité, le taux de croissance pourrait atteindre 7,6% en 2022. Il permettrait la création de 500.000 emplois directs et une baisse de l’indice de pauvreté de 44,6%.

Mais pour Kako Nubukpo, Macro-économiste et ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo, ce plan n’est pas assez solide pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

Aussi attrayant que ce plan quinquennal puisse paraître, pour le Macro-économiste, Kako Nubukpo, il y a beaucoup de zones d’ombres dans ce plan. L’ancien ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo pointe du doigt la conception et la mise en œuvre de ce projet gigantesque. « Il y a deux choses qui me paraissent importantes. Il y a d’une part conceptuellement ce qu’on peut dire du programme et deuxième la chose, la mise en œuvre. D’un point de vue conceptuel, je crois qu’on est toujours face à une difficulté, c’est l’arbitrage entre le cadrage macroénomique. Donc pour résumer, les critères de convergence de l’UEMOA. Les critères de bonne gestion de l’UEMOA sont entre autres l’interdiction d’avoir un déficit budgétaire supérieur à 3%. On voit très bien qu’il y a un problème entre le cadrage macro-énomique du PND et les objectifs qu’il se fixe», a-t-il expliqué avant d’ajouter « Vous avez deux scenarii dans le PND.

Le scénario central qui mise sur un taux de croissance de 5,2% par an (2018-2022) et vous avez le scénario optimiste qui mise sur un taux de croissance de 6,6%. A la lecture du document, je me rends compte que le scénario optimiste n’a aucune chance d’advenir. Ce n’est pas possible parce qu’on va faire exploser les critères de convergences de l’UEMOA. Notre rythme d’importation aujourd’hui pour réaliser le scénario optimiste, ce rythme d’importation n’est pas tenable. Et quand vous lisez le document, vous voyez que l’une des hypothèses est de se dire qu’il aurait une baisse de 10 points de pourcentage au niveau des importations soit disant que les investissements auraient été déjà effectués et que dans la séquence 2018-2022, on ne va plus en faire. C’est pour cela que je dis que ça marche avec le scénario central avec un taux de croissance à 5,2 % mais pas avec un taux à 6,6%». Et là encore, on peut dire au-delà des inquiétudes du Professeur Nubukpo que le PND est mal parti en ce sens que malgré toutes les gymnastiques, le taux de croissance de cette année est annoncé à 5% tout au plus. Soit déjà en deçà du scenario pessimiste retenu dans le document.

Or parlant de scenario pessimiste, les risques de remous socio-politiques sur la question de l’alternance politique sont déjà là cette année 2019 avec toutes leurs conséquences sur l’économie. Et ces risques sont de plus en plus solides au fil des semaines que le Chef de l’Etat entretient le flou sur sa volonté de candidature en 2020 pour un quatrième mandat ou non. L’absence d’un scénario pessimiste ajoutée à la mise en œuvre du PND, plus précisément le coût de la coordination peuvent être selon l’enseignant d’économie à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FASEG) de l’Université de Lomé, une entorse au bon déroulement du PND. «Après vous avez le problème de la mise en œuvre.

Ce que moi, j’ai constaté en tant qu’ancien Ministre de la prospective, c’est que vous avez une pluralité de centre de décision. Vous avez la présidence de la République qui impulse les projets. Mais ensuite, vous avez les ministères et la primature. Cela suscite des coûts de coordination et donc des coûts de transaction. C’est des éléments à partir desquels nous devons nous dire attention. Moi ce qui m’a surpris aussi, c’est qu’il n’y a pas de scénario pessimiste. Quand vous êtes prospectivistes vous avez au moins trois scénarii : le scénario pessimiste qui dit s’il y a des risques que devient le pays.

Et là, manifestement il y a des risques. Les 18 prochains mois, nous avons au moins deux élections majeures : les locales et la présidentielle. Nous avons des risques qui peuvent venir de l’Etat du monde. Ce qu’on appelle des chocs exogènes. Donc, il y a qu’il y ait un scénario pessimiste dans le PND pour dire s’il y a des difficultés que devient le PND ? Quel va être le taux de croissance cible ? », s’est-il interrogé. Pour Kako Nubukpo, le PND dans son état actuel ne fera contribuer qu’à « un processus d’entement croissant » du Togo. Puisque, « le Togo emprunte sur le marché de taux d’échange à 6,5%. Alors que le scénario de base est de 5,2% », a justifié l’ancien chef service de la BCEAO.

Surtout que selon, M. Nubukpo, le Togo a un budget 2019 fragile. Car «les recettes fiscales environ 675 milliards donc un peu moins de la moitié du budget. Il faudrait rajouter les recettes non fiscales qui proviennent entre autres des privatisations et d’un certain nombre d’éléments qu’on ne maitrise pas toujours. Mais cela pourrait éventuellement nous ramener à 800 milliards. Il est dit aussi dans la loi des finances 2019 que nous allons faire des emprunts. En face, 42% du budget sur les 14 000 milliards (budget 2019) part au remboursement de la dette. Et 40% consacré au salaire et aux transactions. Seul 20% est réservé à l’investissement».

Pour minimiser l’impact de ces différents points susmentionnés, l’ancien Ministre propose au Togo d’entrer en négociation avec ses partenaires « parce que quand on dit qu’on a 4600 milliards de FCFA dont 1600 milliards la part de l’Etat et 3000 milliards viendraient du secteur privé. De quel secteur privé ? Il y a énormément de problèmes dans les partenariats publics-privés. L’arrangement institutionnel pose problème ». « Il faut rentrer en processus de négociation avec les partenaires en développement, la société civile et le secteur privé pour que ce soit la population qui prenne en charge la mise en œuvre du PND. La période où on pensait depuis le sommet faire des plans de développement pour les populations, c’est fini. Vous êtes obligé d’être dans l’approche participative et en négociation permanente », a-t-il conseillé.

En somme, le PND a besoin d’urgence d’un recadrage avant qu’il ne soit trop tard.

source: icilomé et fraternité.

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