Zone portuaire sinistrée : Calvaire des usagers

SOCIETE

S’il y a une zone à Lomé qui devrait attirer les gens de par ses infrastructures routières et autres, ce devrait être la zone où loge le poumon de l’économie togolaise, le Port autonome de Lomé (PAL). Ceci suppose que les centaines de millions générés par ce port devraient servir d’abord à aménager la zone où transitent la plupart des marchandises pour le pays. Sauf que l’on est au Togo, un pays où une minorité rapace prend en otage les richesses et se la coule douce, au détriment du peuple obligé de subir les conséquences de cette méchanceté gratuite. La zone portuaire n’est aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Chaque saison avec ses difficultés pour les riverains qui finissent par les prendre comme une fatalité, puisque les autorités auxquelles ils font appel, pensant que ces dernières pouvaient lever le petit doigt pour mettre fin à leur calvaire, sont tellement imbues d’elles-mêmes qu’elles ignorent tout simplement ce quotidien des riverains. La zone continue de sombrer, encore et encore.

Qui pour sauver la zone portuaire ? La question demeure depuis plusieurs années. Elle reste toujours d’actualité, puisque plus les années passent, plus les difficultés s’accumulent dans cette partie de la capitale. C’est d’ailleurs l’interrogation qui est sur toutes les lèvres lors d’une descente effectuée dans la zone mercredi matin, après la pluie de la veille. Une petite balade sur le boulevard Mobutu Sesse Seko (la voie qui quitte le marché d’Akodésséwa et va jusqu’en face de la sortie de l’hôtel Sarakawa sur le boulevard du Mono) et sur la voie qui passe devant le siège du Conseil burkinabé des chargeurs et la société Grand Moulin pour déboucher finalement sur le rond point du port, fait constater l’amère situation que vivent les riverains et autres usagers de ces voies.

Un véritable chemin de croix pour les usagers, surtout pendant la saison de pluie. Le boulevard Mobutu Seseseko n’est aujourd’hui qu’une mare dans laquelle pataugent les longs véhicules (communément appelés titans), les chauffeurs de taxi et autres conducteurs de taxi-motos. Cette mare se niche dans de grands trous qui se cachent en bas de ces eaux souvent boueuses. Le comble, c’est lorsque ces titans sont stationnés sur le long de la voie, empêchant usagers et riverains d’emprunter la partie moins dégradée de la route. Ce qui cause de nombreux accidents, surtout lorsqu’il y a une pluie. « Vous voyez vous-même le problème que nous avons sur cette voie. C’est ici que passent la plupart des titans qui viennent du port, mais la voie est dans un état lamentable. On doit aménager ce boulevard pour permettre la fluidité de la circulation et soulager les riverains qui en font les frais, surtout lorsqu’il pleut », confie Didier Akué, un riverain.

Le stationnement anarchique de ces poids lourds tout le long de la voie a toujours été sujet de vives altercations entre les chauffeurs de ces véhicules et les riverains qui voient leurs devantures envahies par les eaux du fait de passages des taxis et taxi-motos. Ces derniers, dans leurs manœuvres, se voient obligés de passer juste devant ces maisons dont la plupart sont déjà inondées par ces eaux. « Les eaux rentrent dans nos maisons, surtout lorsque les titans ou n’importe quel véhicule s’y jettent. Il se passe beaucoup d’accidents ici lorsqu’ils font ces manœuvres. Nous sommes obligés d’entreposer des sacs contenant du sable à la devanture de nos maisons pour empêcher l’eau d’y entrer. Voilà ce que nous vivons sur cette voie depuis des années. Et pourtant, nous sommes dans une zone où loge la principale société qui fait beaucoup d’argent au pays, je veux parler du Port autonome de Lomé », ajoute-t-il.

Devant l’agence du port de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET), une mare d’eau défie les conducteurs des poids lourds et des taxis. Plusieurs fois, ces longs véhicules se sont renversés à cette partie de la voie. « Il y a quelques jours seulement, un véhicule s’était renversé ici, causant beaucoup de dégâts. Et je vous dis que cette scène est fréquente sur la voie. Mais on a l’impression que cela ne dit absolument rien aux premiers responsables du port ni aux autorités du pays qui doivent limiter les dégâts », regrette Sylvain T., un autre riverain. « Nos camions tombent régulièrement en panne sur cette voie. Surtout vous imaginez un peu ce que cela représente pour nous lorsque nous avons une obligation de livrer les marchandises dans un délai et que le camion tombe en panne à cause de l’état de la route ? C’est nous qui perdons en fait. Parce qu’un voyage que nous devons faire en trois jours peut s’allonger jusqu’à une semaine voire plus. Nous avons ces genres de problème pendant la saison pluvieuse. Au beau milieu des flaques d’eaux, le camion tombe en panne. Vous êtes obligés de descendre dans ces eaux pour essayer de le réparer ou aller chercher une remorque pour tirer le camion des eaux et l’amener au garage. Tout cela nous fait perdre du temps », explique un Burkinabé, chauffeur de poids lourd. La raison invoquée pour laisser ces poids lourds le long de la voie est que le parc de stationnement situé juste au rond point du port n’est pas assez large pour contenir les véhicules en attente de chargement dans le port. Aussi, des vols sont répétés sur les véhicules.

Boutiques fermées, activités au ralenti en saison de pluie…

Sur le boulevard Mobutu Seseseko et la voie perpendiculaire qui passe devant la société Grand Moulin, les activités sont au ralenti. Les détenteurs des boutiques et autres ateliers préfèrent suspendre provisoirement leurs activités. C’est à raison. Les mares d’eau qui se sont formées devant leurs boutiques et ateliers ne facilitent pas les choses à leurs clients qui n’osent pas s’aventurer dans les parages en ce moment. « On comprend la réaction de nos clients. Qui va vouloir traverser ces eaux puantes avec de la boue pour venir payer quelque chose chez nous ? Ils préfèrent aller s’approvisionner ailleurs, le temps que la situation redevienne normale chez nous. Nous perdons ainsi de l’argent pendant un bon bout de temps, avant de retrouver ces clients à la fin de la saison pluvieuse; mais là aussi, il faut compter avec la poussière qui nous tue à petit feu. Il faut aménager la voie, c’est la seule solution », raconte Folly, un détenteur d’atelier. Et ces personnes peuvent laisser leurs boutiques ouvertes, si ce n’est qu’un problème de clients. Le pire dans ce lot de malheurs, comme eux-mêmes tentent d’appeler la situation, c’est lorsque les véhicules éclaboussent les articles et autres objets exposés même dans les boutiques. « Vous voyez les murs des boutiques, les terrasses, venez voir à l’intérieur », nous montre-t-il, avec des boues un peu partout à l’intérieur et sur la terrasse de son atelier. « A chaque passage de véhicule, l’eau entre ici. Nous avons tenté de mettre du sable devant, mais quand les conducteurs de taxi et de taxi-motos passent une ou deux fois dessus, l’eau envahit le sable et monte jusque dans l’atelier. Vous voyez toutes ces boutiques fermées, les gens les préfèrent ainsi pour éviter ce chaos », renseigne-t-il. Parfois, ces riverains et détenteurs de boutiques téméraires qui continuent leurs activités malgré tout, deviennent des secours pour les usagers qui n’arrivent pas à traverser ces lagunes et voient leurs engins tomber en panne en plein milieu de ces eaux. « Nous les aidons à sortir les engins de l’eau et à leur trouver des mécaniciens », dit-il.

« Nous vivons un calvaire sur cette voie. Ici c’est ma maison. Mais quand il pleut, on fait plusieurs détours avant de rentrer chez nous. Vous voyez, ici c’est le garage, mais la voiture ne peut plus rentrer dedans, parce que la devanture est pleine d’eau. Ce sont plus les conducteurs de titans qui bloquent la voie, surtout les lundis et les mardis. Nous avons fait maintes fois appel au DG du port, mais il ne nous a jamais répondu. Si vous les journalistes vous pouvez faire quelque chose pour nous, ce serait bien. Il y a de grandes entreprises le long de la voie, mais je pense que si on ne leur donne pas l’autorisation de construire la voie, elles ne le feront pas. L’eau rentre dans nos maisons à chaque saison de pluie », relate Koffi K., propriétaire de maison dans la zone.

Cri de détresse des revendeuses

Elles, dès qu’elles ont aperçu les caméras de l’équipe de reportage, elles ont commencé à crier, exprimant leur désolation. En fait, elles vivent les mêmes situations que les détenteurs de boutiques qui perdent leurs clients en cette saison pluvieuse. « Quand il pleut, personne ne passe plus sur la voie, parce que c’est impraticable. C’est chez nous que les employés du port viennent manger. Mais depuis quelques jours, on les voit rarement, puisqu’ils ne peuvent pas traverser ces eaux pour venir. Et puis ces titans garés devant nous ne facilitent pas les choses. Ils nous confinent et nous cachent. Il faut qu’on trouve une solution à cette voie qui dessert plusieurs endroits de la capitale, surtout qu’elle est située dans la zone portuaire », peste Ayélé A., revendeuse de noix de coco. Elle a été soutenue par sa voisine qui vend du haricot, un mets visiblement adoré par les employés du port de Lomé, selon elles.

Un calvaire qui laisse indifférents les responsables du PAL

L’état lamentable dans lequel se trouvent ces voies ne date pas d’aujourd’hui. Les difficultés des riverains et usagers aussi. Mais les autorités togolaises, surtout celles du poumon de l’économie togolaise qui brassent des centaines de millions par cette semaine, semblent n’avoir que faire de la situation. Presque tous les jours que Dieu fait, on crée des taxes supplémentaires pour gruger les acteurs dans ce port. Cet argent qui devrait servir à aménager les voies environnant le Port autonome de Lomé est visiblement destiné à autre chose. Le cas échéant, on attend la saison sèche pour mettre du gravier sur la voie. Ce qui constitue un autre problème pour riverains et usagers à cause de la poussière que cela produit. Les riverains sont obligés de mener un combat sans merci contre cette poussière (source de beaucoup de maux) dans leur maison.

Mais, à la tombée de la première pluie, ces graviers cèdent la place aux mares qu’on peut constater aujourd’hui sur ces voies. Pendant ce temps, les responsables du port et leurs bienfaiteurs nichés dans lau sommet du pays, se goinfrent de caviar et autres dans leurs bureaux et salons climatisés avec l’argent du contribuable. Et ce dernier continue de subir les conséquences désastreuses de cette injustice que le peuple togolais a finalement décidé de combattre

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